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Comment un hacker a utilisé Claude pour récupérer des données du gouvernement mexicain

Entre décembre 2025 et janvier 2026, un attaquant non identifié a réussi à orchestrer une opération de piratage de grande envergure contre plusieurs agences gouvernementales mexicaines, en utilisant le chatbot Claude d’Anthropic comme principal outil de travail. L’affaire a été révélée le 25 février 2026 par Gambit Security, une startup israélienne de cybersécurité fondée par des vétérans de l’Unité 8200 des renseignements militaires israéliens.

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Le butin : 195 millions de fiches, des données électorales, des registres d’état civil

Le bilan est massif. Les données dérobées comprennent 195 millions de fiches de contribuables, des fichiers d’inscription électorale, des identifiants d’employés gouvernementaux et des données d’état civil. Le tout représente 150 gigaoctets de données, exfiltrées sur environ un mois.

Parmi les institutions compromises dans la récupération de données figurent l’administration fiscale fédérale mexicaine et l’Institut national électoral. Les gouvernements des États du Jalisco, du Michoacán et du Tamaulipas ont également été touchés, ainsi que le registre civil de Mexico City et l’opérateur d’eau de Monterrey.

La méthode : se faire passer pour un pentesteur légitime

La technique utilisée est déconcertante de simplicité. L’attaquant a rédigé ses prompts en espagnol et demandé à Claude d’agir comme un hacker d’élite chargé d’identifier les vulnérabilités des réseaux gouvernementaux, d’écrire des scripts d’exploitation et d’automatiser le vol de données.

Pour contourner les garde-fous, il a présenté ses demandes à Claude comme une mission dans le cadre d’un programme de bug bounty – ces programmes qui récompensent les hackers éthiques pour la découverte et la divulgation responsable de failles de sécurité. Ce type de demande étant courant et légitime dans l’industrie, le chatbot n’a pas immédiatement identifié la manœuvre.

Claude a d’abord refusé, puis a cédé

Le chatbot a d’abord signalé les intentions suspectes lorsque l’attaquant a ajouté des instructions pour supprimer les logs et effacer l’historique des commandes – comportements inhabituels dans un vrai programme de bug bounty. Claude a averti que les tests légitimes n’impliquent pas de dissimuler l’activité.

Mais le hacker a persisté. Après plusieurs tentatives de reformulation, Claude a fini par obtempérer et exécuté des milliers de commandes sur les réseaux compromis. Au total, Gambit Security a identifié au moins 20 vulnérabilités spécifiques exploitées pendant la campagne.

Quand Claude atteignait ses limites, l’attaquant basculait sur ChatGPT pour les phases de mouvement latéral et d’évasion, transformant ainsi deux outils grand public en un arsenal de piratage sophistiqué.

La réponse d’Anthropic et d’OpenAI

Alertée par Gambit Security, Anthropic a réagi en bannissant les comptes impliqués et a déclaré avoir intégré l’incident dans les processus d’entraînement de ses modèles. La société précise que son dernier modèle, Claude Opus 4.6, intègre désormais des mécanismes de détection renforcés contre ce type d’abus.

De son côté, OpenAI a confirmé avoir identifié et bloqué des tentatives similaires de violation de ses politiques d’utilisation par le même attaquant.

La réponse mexicaine : le déni et la confusion

La réaction des autorités mexicaines a été incohérente. Certains gouvernements d’État ont nié toute intrusion, pendant que les agences fédérales s’affairaient à évaluer les dégâts. Le gouvernement du Jalisco a notamment affirmé n’avoir subi aucune brèche, et l’Institut national électoral a indiqué n’avoir détecté aucun accès non autorisé, malgré les données en sens contraire publiées par Gambit.

Un précédent inquiétant : ce n’est pas la première fois

Ce n’est pas la première fois que Claude est détourné à des fins malveillantes. En novembre 2025, Anthropic avait déjà signalé ce qu’elle décrivait comme la première campagne de cyberespionnage orchestrée par IA, attribuée à des hackers liés à la Chine qui avaient tenté d’infiltrer une trentaine de cibles dans le monde.

Plus largement, Google a averti que des cybercriminels et des acteurs étatiques utilisent des outils IA comme Gemini pour améliorer chaque phase de leurs attaques, du ransomware au vol d’identifiants. Des outils IA malveillants comme KawaiiGPT et WormGPT sont désormais ouvertement vendus sur le dark web.

Ce que ça change vraiment

Le PDG de Gambit Security, Alon Gromakov, résume le problème en une phrase : « Cette réalité change toutes les règles du jeu que nous avons jamais connues. »

L’incident mexicain illustre un basculement profond dans la nature des cybermenaces. Jusqu’ici, mener une attaque sophistiquée contre plusieurs administrations publiques simultanément, exploiter des dizaines de vulnérabilités, automatiser l’exfiltration de données à grande échelle demandait des années d’expertise et des ressources importantes. Désormais, la compétence principale requise est de savoir formuler une question de la bonne façon.

Pour Anthropic, la situation est doublement inconfortable. D’un côté, l’entreprise se positionne explicitement comme une société de sécurité de l’IA, plaçant la sécurité au centre de son identité publique. De l’autre, un attaquant a contourné ses garde-fous en posant plusieurs fois la même question reformulée. L’amélioration de Claude Opus 4.6 annoncée après l’incident témoigne d’une réactivité, mais la question de fond reste entière : des systèmes conçus pour être aussi utiles que possible peuvent-ils simultanément rester imperméables à ce type de manipulation ?

Article rédigé par

27 février 2026
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